Sélection Prix folio des libraires 2020

Et le lauréat est "Washington black"

  • Washington Black

    Esi Edugyan

    La Barbade, 1830. À onze ans, Washington Black n'a d'autre horizon que le champ de canne à sucre de la plantation où il travaille avec d'autres esclaves. Quand le destin frappe à sa porte, c'est sous les traits de Titch, un scientifique anglais, jeune frère de son maître qui le choisit comme serviteur. Wash montre un talent inné pour le dessin et une curiosité d'esprit telle qu'il est promu assistant pour le projet fou de l'extravagant inventeur : construire un ballon dirigeable. Lorsqu'un vent mauvais les oblige à quitter précipitamment l'île à son bord, l'aventure prend un cours inattendu. Du pôle Nord à la Nouvelle-Écosse, de Londres à Amsterdam, plus qu'un voyage, c'est un parcours initiatique qui attend le jeune Wash, en ce siècle de découvertes. Mais le chemin le plus dur à parcourir sera celui qui le conduira vers la liberté, une liberté assumée et entière.

  • Asta

    Jón Kalman Stefánsson

    Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d'après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant - à une lettre près - amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille. Des années plus tard, Sigvaldi tombe d'une échelle et se remémore toute son existence :
    Il n'a pas été un père à la hauteur, et la vie d'Ásta n'a pas tenu cette promesse de bonheur.
    Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques et les pays pour nous raconter l'urgence autant que l'impossibilité d'aimer, à travers les destins de Sigvaldi et Helga, puis d'Ásta et Jósef. Un superbe roman, lyrique et charnel, sur des vies qui s'enlisent malgré notre inlassable quête du bonheur.

  • Les histoires poignantes mais souvent joyeuses de ce livre composent la tendre chronique d'un homme qui se souvient de son père. Un génial représentant de commerce et grand amoureux de la pêche, géant captivant et charmeur aux yeux de l'enfant qu'il était. Les chroniques commencent simplement, par ce regard de l'enfance, puis elles se développent pour illustrer la prise de conscience d'un garçon qui grandit et observe le monde autour de lui. Si elles reconstituent l'histoire de sa famille, avec en arrière-plan celle de l'Europe centrale, elles sont en réalité beaucoup plus que cela : de touchantes méditations sur la vie et la survie, la mort et la mémoire, l'humour, la justice et la compassion.L'humour et l'originalité de cette oeuvre largement autobiographique ont permis à Ota Pavel de devenir un classique dans son pays, au même titre que Jaroslav Hasek et Bohumil Hrabal.

  • Les fils conducteurs

    Guillaume Poix

    Accra, capitale du Ghana. Jacob, onze ans, et sa mère Ama vivent dans une cabane jouxtant la gigantesque décharge à ciel ouvert d'Agbogbloshie, où s'amoncellent les déchets électroniques de l'hémisphère nord. Condamnée à la survie, Ama vend des pochettes d'eau potable aux ouvriers de la déchetterie toxique. Jacob se lie d'amitié avec Isaac et Moïse, deux adolescents « fouilleurs » qui récupérent les câbles et, une fois dénudés, revendent les précieux « fils conducteurs ». Thomas, photographe d'une trentaine d'années, tente de réaliser un reportage sur le travail des enfants dans la décharge. Il parvient à entrer dans ce périmètre interdit grâce à Jacob, qui propose de lui faire découvrir certains recoins mystérieux de la montagne d'ordures. Mais un malentendu s'opère : Thomas est bouleversé d'avoir trouvé en cette gueule d'ange miséreux un martyr photogénique, tandis que le gamin espère décupler sa paye en offrant son corps à celui qu'il prend pour un touriste sexuel. Maintenant que ces deux-là sont en contact, un court-circuit va s'ensuivre.
    Malgré la noirceur fascinante de cet univers, Les fils conducteurs captive par son style lyrique, son ambition documentaire et un humour impitoyable qui questionne les zones troubles du regard occidental.

  • La seule histoire

    Julian Barnes

    Paul a dix-neuf ans et s'ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l'université. Au club de tennis local, il rencontre Susan - quarante-huit ans, mariée, deux grandes filles - avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n'en faut pas davantage pour les rapprocher... La passion ? Non, l'amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d'abord en cachette. Puis ils partent habiter à Londres : Susan a un peu d'argent, Paul doit continuer ses études de droit. Le bonheur ? Oui. Enfin presque car, peu à peu, Paul découvre que Susan a un problème, qu'elle a soigneusement dissimulé jusque-là : elle est alcoolique. Il l'aime, il ne veut pas la laisser seule avec ses démons. Il tente tout pour la sauver et combattre avec elle ce fléau, en vain. Mais lui, alors ? Sa jeunesse, les années qui passent et qui auraient dû être joyeuses, insouciantes ? Il a trente ans, puis trente et un, puis trente-deux. Vaut-il mieux avoir aimé et perdre, ou ne jamais avoir aimé ?

  • Dans une France rurale aujourd'hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie. Pour cette raison, elle le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l'abbé propose à son ami d'enfance d'interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité. Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu'il mérite.

  • Une jeune mère célibataire s'occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, elle vit avec lui une relation fusionnelle. En quête de soutien, la mère parcourt parfois des forums de discussions, mais ce qu'elle y lit - les injonctions sociales, les témoignages d'autres « mères solo », drôles ou désespérants - la renvoie à sa propre impuissance. Alors pour échapper à l'étouffement, elle s'absente et déambule dans la ville la nuit, à quelques mètres de l'appartement d'abord, puis un peu plus loin, chaque fois un peu plus longtemps. Un désir irrépressible de liberté où guettent la culpabilité et l'inquiétude. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?On retrouve ici l'écriture vive et le regard aiguisé de Carole Fives, fine portraitiste de la famille contemporaine.

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