Editions Do

  • Les poignantes mais souvent joyeuses histoires de ce livre composent la tendre chronique d'un homme qui se souvient de son père, génial représentant de commerce et grand amoureux de la pêche, géant captivant et charmeur aux yeux de l'enfant qu'il était. Elles commencent simplement, par ce regard de l'enfance, puis elles se développent pour illustrer la prise de conscience d'un garçon qui grandit et observe le monde autour de lui. Et si elles reconstituent l'histoire de sa famille, avec en arrière-plan celle de l'Europe centrale, elles sont en réalité beaucoup plus que cela :
    De touchantes méditations sur la vie et la survie, la mort et la mémoire, l'humour, la justice et la compassion.

    Classique de la littérature tchèque au même titre que les oeuvres de Jaroslav Hasek et Bohumil Hrabal, ce livre largement autobiographique, traduit dans de nombreux pays, de la Pologne à l'Italie, de l'Espagne aux Etats-Unis, en passant par Israël et l'Allemagne, ne l'avait encore jamais été en français. Et s'il est un des préférés des lecteurs tchèques, il l'est aussi de l'écrivain et journaliste polonais Mariusz Szczygiel (Gottland et Chacun son paradis, éd. Actes Sud), auteur du texte De la vie vécue comme une fête, qui accompagne cette édition.

  • « Elle existerait près de moi, sur du papier, sous cette forme-là. Je m'en contenterais, me rappelant que cela tenait du miracle plus que tout autre écrit réussi. » Très vite après la disparition brutale de sa mère, à Sofia, en Bulgarie, où elle était née et avait vécu, Denitza Bantcheva commence à retracer son parcours, persuadée que si sa fille unique n'écrivait rien sur Annie, « sa vie n'aurait en définitive aucun sens ».
    Elle en vient alors à confronter diverses visions d'elle - sous des angles qu'elle découvre parfois - qui composent le portrait d'un être rare, dont le destin témoigne cependant des épreuves les plus communes qu'on pouvait subir sous un régime totalitaire, comme au cours des années qui suivirent la chute du Mur de Berlin.
    L'histoire familiale, l'histoire tout court et la réflexion sur le sens d'une existence s'entrelacent dans cet émouvant récit issu du deuil, et de l'amour d'une fille pour sa mère.

  • Parvenu au crépuscule de sa vie, Louis se prépare à mourir, seul, à Paris. Au même moment, à Tokyo, son petit-fils Akito décide sans raisons apparentes de se cloîtrer dans sa chambre. Ce séisme intime amène ses proches à se confronter à leur propre histoire : liens rompus, secrets enfouis, aspirations profondes, blessures refoulées. Face au caractère irrationnel de la situation, enfermés à leur tour dans l´incompréhension et la culpabilité, tous prennent conscience des liens ténus reliant l´existence à l´invisible. Fable à la tonalité impressionniste à la fois profonde et légère, Chasser les ombres raconte, à travers le phénomène très particulier de ces reclus volontaires, les hikikomoris, une histoire universelle : la manière dont chacun se sent relié aux autres, dont chacun se crée un refuge intérieur, se trouve un point de fuite, se métamorphose ou se renferme, en explorant librement le sens de sa vie ou en rêvant l´image de sa mort. Comme l´ombre accompagne la lumière.

  • Lait sauvage

    Sabrina Orah Mark

    Chacune de ces histoires est un voyage novateur, poétique, subversif, absurde, tendre et étonnamment drôle à travers les relations - souvent familiales -, les émotions et l´expérience humaine. Chacune de ces histoires permet de regarder le monde dans une perspective vraiment nouvelle. Il vaut d´ailleurs mieux aborder chacune de ces histoires avec une sorte d´esprit malléable. Certains ont aussi conseillé de ne pas lire Lait sauvage en une seule fois. Après chaque histoire ils pensent qu´il est préférable de se réunir autour d´une table pleine de souris pour discuter de l´histoire du jour et de faire circuler les pages comme un apéritif pour dévorer lentement chacune d´entre elles et décrire le goût qu´elle laisse sur la langue. Certains sont même allés jusqu´à écrire à propos de ces histoires : elles sont comme si les frères Grimm rencontraient Samuel Beckett dans son maillot de bain à la plage. Ou bien peut-être Franz Kafka, serait-on tenté de rajouter.

  • Passeport

    Noelle Q. De Jesus

    Avec chaleur, tendresse et lucidité, "Passeport" explore la nostalgie et la définition du chez-soi, les enchevêtrements du coeur, la quête de l´amour véritable, le passage à l´âge adulte, la cruauté de la trahison, l´universalité de la douleur et la perte. Il y est question d´exil, d´identité et de culture, de tradition et de modernité, de superstitions, de tabous et de secrets, des relations compliquées entre hommes et femmes, entre soi, la famille et la communauté, et entre les générations. On y rencontre principalement des femmes, de tous âges ? fillettes, adolescentes, étudiantes, jeunes femmes, mères, grand-mères ? mais aussi quelques hommes et des couples. Ce sont des histoires écrites avec l´assurance, l´humour, la chaleur d´une écrivaine qui connaît précisément les vies des gens ordinaires, souvent déracinés, qui sont ses personnages. Pourtant, derrière l´apparente simplicité de ces textes, il y a souvent comme une tension dans l´air, un conflit en suspension prêt à éclater.

  • Une fille accompagne son père dans les derniers mois de sa vie. Elle le regarde devenir de plus en plus confus et souhaite préserver quelque chose de sa personnalité, qui disparaît sous ses yeux. Plus il oublie, plus elle se souvient plus il s´éloigne, plus elle sent une proximité nouvelle entre eux. Avec humour, tendresse et poésie, cruauté parfois, elle observe de plus près sa famille et les gens qui les entourent, et la façon dont leurs relations délicates changent à mesure que la maladie de son père progresse. À travers souvenirs et moments tragi-comiques de la vie quotidienne, Noga Albalach dresse le vivant portrait d´un homme courageux et humble, noble à sa manière. Le Vieil Homme. Des adieux, l´histoire d´un seul homme, devient l´histoire de chaque homme, de chaque parent, de chaque famille. « C´est un livre merveilleux qui, parmi tous les moments de tristesse, parle encore d´optimisme, d´amour de l´humanité et d´amour pour le monde. » Elad Zeret

  • En mars 2015, Naja Marie Aidt a perdu son fils de vingt-cinq ans, Carl, dans un tragique accident. Le livre qu´elle a écrit fait la chronique des premières années qui ont suivi cet appel téléphonique qui l´a dévastée en tant que mère et en tant que femme. C´est à la fois un récit sobre de la vie après la perte d´un enfant ? la façon dont le chagrin change le rapport à la réalité, aux proches, au temps ? et une exploration de la puissance de la langue et de la littérature, à partir de nombreux textes qui évoquent le deuil, la perte et l´amour. « J´ai embrassé ta main et ta main était froide, si froide que le froid s´est insinué dans mon visage, dans ma tête, dans mon crâne. Il n´y a rien de plus froid dans le monde. Pas la glace, pas la neige. Aucune peur, aucune angoisse, aucune peine de coeur aussi froide que ta main, que j´embrassais avec ma bouche vivante et chaude. »

  • Dans des villages espagnols des années 30, trop isolés pour qu´un instituteur y fût nommé, les maîtres d´école étaient recrutés par des villageois au moment des foires. Ils avaient un salaire mais prenaient leurs repas chez les habitants qui les recevaient à tour de rôle. On les appelait catapote, « pique-au-pot ». La Nuit féroce se déroule à cette époque, dans un de ces villages au nom étrange. Le maître d´école est invité à partager une table dans une des maisons du lieu. Mais le terrible meurtre d´une jeune fille fige cette scène et libère la brutalité qui sous-tend ce bourg perdu lorsqu´un groupe d´hommes part à la chasse au meurtrier. Deux innocents fuient, bientôt persécutés par la colère aveugle. Un mal profond, enraciné dans le passé, irréfutable et impassible, gouverne le temps et l´espace dans ce conte noir et métaphysique aux résonances de tragédie grecque.

  • La vie arrive à grands pas pour April, vingt et quelques années. Toutes les choses accablantes de l'âge adulte - y compris la mort d'un être cher - semblent lui être arrivées en même temps, la laissant sous le choc et la mettant au défi d'une manière qu'elle n'avait jamais imaginée. Dessinant un portrait émouvant, avec une lucidité sincère, tendre, joueuse, La Mort et autres jours de fête est le récit d'une année, divisée en quatre sections d'une saison chacune, dans la vie d'une jeune femme qui fait face à la mort de son beau-père bien-aimé. Elle nous présente ses amis et sa famille, avec une vraie bonne humeur et une affection pour tous ceux qu'elle rencontre, tandis qu'elle lutte pour se lancer dans le monde, tout en essayant de prendre le risque de l'amour - seule constance dans tout ce changement.

  • Avant le repos

    Elena Gianini Belotti

    Italia Donati était une jeune femme, originaire de Cintolese, devenue institutrice à Porciano, petits villages de Toscane. Grâce à son intelligence et à son travail, elle a échappé à la pauvreté de sa famille paysanne, en essayant de s'émanciper, même si, au XIXe siècle, les femmes étaient toujours moralement et pratiquement dépendantes de l'homme. Arrivée à Porciano en septembre 1883, Italia Donati était pleine d'espoir et d'attentes pour sa première expérience professionnelle. Pourtant, en acceptant l'hospitalité du maire, qui l'avait recrutée comme enseignante, et auprès duquel elle pensait trouver le soutien et la protection dont une femme seule à cette époque avait encore besoin, elle n'avait pas conscience que cette proximité serait à l'origine d'une vague de calomnies infâmes, qu'elle ne parviendrait jamais à faire taire. Peu à peu submergée et complètement isolée, incapable de parvenir à rétablir sa réputation, elle perdit également l'estime de ses collègues et de ses élèves, qui en vinrent même à lui reprocher les turpitudes qu'elle n'avait pas commises.
    Alors, un matin de juin 1886, pour prouver son innocence et réhabiliter l'honneur perdu, Italia Donati écrivit une lettre et mit son tablier rouge...
    Cet événement fit la une des journaux de l'époque. Un célèbre article du Corriere della Sera eut pour titre « Comment meurent les institutrices ». Italia Donati devint ainsi une figure féminine emblématique de la fin du XIXe siècle et son cas s'est ajouté à la longue liste des cas des femmes dont l'émancipation tentait de s'opposer au système de la domination masculine.
    Est-il nécessaire de dire l'urgence de raconter une fois encore la vie d'une femme dont la fin n'est pas heureuse ; est-il utile de dire à quel point cette histoire est actuelle ; est-il indispensable de dire combien il est important de la faire connaître.

  • Le roman du siècle Nouv.

    Le délire d'un espion convaincu que son travail refusé aurait changé le sens de l'Histoire ; l'occasion trahie d'une seconde vie dans une colonie africaine ; les équivoques relations de pouvoir dans le sexe ; les malédictions de l'Europe ; le remplacement de l'amour par la botanique exotique ; une restauratrice d'oeuvres d'art qui évoque sa passion lesbienne ; l'art comme métaphore de l'échec amoureux ; Dickens et Jivago dans un nouveau conte de Noël ; une nouvelle qui est toutes les nouvelles publiées dans le monde...

  • Paraît un jour un livre, d'un romancier allemand, qui raconte l'histoire universelle, sagement absurde bien qu'alambiquée, d'un homme ordinaire, dans une ville sans qualités. L'ouvrage passe inaperçu ou presque, jusqu'à ce que l'on découvre, sept ans plus tard, l'existence d'un roman « jumeau », au titre et à l'intrigue en tous points identiques. Un livre publié à la même époque, mais de l'autre côté de l'Atlantique, dans une autre langue, par un auteur uruguayen. Lequel serait resté dans l'anonymat le plus total s'il ne s'était pas ainsi trouvé, avec son confrère allemand, promu héros d'une vertigineuse coïncidence dont s'emparent vite éditeurs, essayistes, critiques, universitaires... Mais la question demeure : deux hommes, étrangers l'un à l'autre, peuvent-ils réellement avoir écrit le même roman ?
    Avec une ironie diffuse, traversée d'élans burlesques, Kostis Maloùtas dessine, de fausses pistes en vrais questionnements (qu'est-ce que la création ? à quel point est-on original ?), un impressionnant réseau de textes « gigognes » où sont soulevés, un à un, les grands enjeux de l'industrie littéraire : arbitraire du succès et de la réception critique, course à l'exégèse et à la traduction, hantise du plagiat, appât du gain et, par conséquent, « condamnation » de l'écrivain à toujours alimenter son oeuvre. Au-delà des références explicites (Borges, mais aussi Perec et Melville, que les personnages invoquent au gré de leurs pérégrinations), le récit de Maloùtas n'est pas sans rappeler, dans l'esprit et la générosité, les proses inventives et réflexives d'Italo Calvino et de Flann O'Brien, deux de ses principaux modèles.

  • La carrière d'Ota Pavel comme reporter sportif a commencé grâce à son ami l'écrivain Arnošt Lustig. Il a travaillé à la radio tchécoslovaque (1949-1956), puis à la radio Stadion (1956-1957) et enfin au magazine Le Soldat Tchécoslovaque (1957-1966). Son ambition de dépasser les contraintes du journalisme et du reportage pour aller vers une écriture plus créative date du début des années 60. C'est d'ailleurs à la fin de ces années-là qu'il commence à délaisser le sport, devenu essentiellement, pour la plupart, démonstration et manifestation d'une fierté et d'une identité nationales. D'où son désintérêt pour les courses et les concours, et son attrait pour les vestiaires et les foyers où les anciens héros sont redevenus des individus de chair et d'os.
    /> Avec ce livre justement, dont la conception a lieu presque en même temps que Comment j'ai rencontré les poissons, il voulait dire au revoir à son travail de journaliste. Mais, s'il choisit de raconter des histoires du monde du sport, s'il s'intéresse aux destins de champions d'hier et d'aujourd'hui, il ne les montre pas seulement du point de vue des coulisses de grandes compétitions, mais aussi de celui de leur vie privée. Et s'il se souvient d'un certain nombre d'athlètes qui n'ont pas toujours été célèbres - certains d'entre eux étaient même complètement inconnus, d'autres furent fameux puis oubliés - toutes et tous ont mérité que l'on écrive à leur sujet.
    Ota Pavel fait de ces hommes et de ces femmes - aviateur, footballeur, pongiste, cycliste, gymnaste, hockeyeur, canoéiste - des portraits sensibles et littéraires, s'attachant moins au succès qu'au labeur, aux commencements difficiles, aux obstacles, aux défaites, et à la vanité de la gloire.

  • Les enfants s'ennuient le dimanche » réunit quelques-unes des nouvelles les plus caractéristiques et les plus célèbres de Jean Stafford. Elle en a écrit plus de quarante, publiées dans de prestigieuses revues, qui ont fait l'essentiel de sa réputation. « The Collected Stories of Jean Stafford » fut d'ailleurs un des rares recueils à recevoir le prix Pulitzer de la fiction, en 1970. La plupart de ses textes s'intéressent aux différentes périodes de la vie de jeunes filles et de femmes, de l'enfance à la vieillesse, cartographiant les peurs, les angoisses et les compromis auxquels elles doivent faire face. Les questions de quête de l'identité féminine, de marginalité et d'impuissance apparaissent dans toutes ses histoires, et l'ironie abonde dans ses contes d'amours perdus, de rêves brisés et d'occasions manquées. Son style alterne entre le langage familier et rustique de Mark Twain et la prose élégante et raffinée d'Henry James, ses deux écrivains favoris.

  • Malacqua

    Nicola Pugliese

    Si l'on s'en tient aux faits, Malacqua est la chronique de quatre jours de pluie dans la ville de Naples, du 23 au 26 octobre d'une année indéterminée au cours desquels se produisent des événements étranges, dans une atmosphère d'attente, pas seulement de la fin du déluge mais surtout d'un événement extraordinaire.
    Cette longue et dense chronique d'un désastre commence par deux morts, à cause de la pluie, deux voitures englouties dans une crevasse. Mais ce mauvais temps ne provoque pas seulement des éboulements et des effondrements. Dans l'incertitude hostile nourrit par la pluie se multiplient des faits inhabituels, prennent corps des présages et de noirs avertissements : « voix » mystérieuses, énigme des poupées, mer qui poursuit les gamins des rues, piécettes qui se mettent à sonner. La peur crée l'attente et le roman se transforme alors en l'espérance de cet événement absurde, irrationnel, capable de briser les perspectives mêmes de la vie.
    Naples bien sûr est le vrai protagoniste de Malacqua. Ville de carton, ville du rêve et de la spéculation immobilière, coeur de l'exploitation intensive sur le dos de ceux qui ne sont pas puissants. À travers les rues anciennes de la ville, les quatre jours de pluie alimentent un suspens appliqué aux raisons mêmes de l'existence. Et l'Événement extraordinaire, tant attendu, trouve son origine fondamentale dans un sentiment ancestral des Napolitains : l'espoir ambigu qu'un « miracle » puisse intervenir pour améliorer leurs conditions de vie précaires.

  • La narratrice de L'Âge du fer est une jeune Finlandaise. Le livre raconte une courte période de l'histoire de sa famille, avant et après la Seconde Guerre mondiale, commençant par leur vie dans la ferme de sa grand-mère, suivie d'un bref séjour dans une petite ville, et se terminant par le récit de leur déménagement en Suède, une fois que le père a trouvé un emploi stable dans une usine de papier. On l'appelle L'Âge du fer en partie parce que leur vie dans le nord au début des années 1950 est rudimentaire et difficile - une ampoule électrique est une nouveauté ; il faut traverser un lac à la rame pour rendre visite à de riches parents afin de mendier quelques oeufs ; le Noël où le Père Noël apporte un crayon et un petit pain sucré est « le meilleur Noël de tous les temps » - et en partie en référence aux éclats d'obus qui sont entrés dans les jambes du père de la narratrice pendant la « guerre de continuation » contre les Soviets, dans la première moitié des années 1940). La jeune fille pense que ce fer a affecté non seulement ses jambes, mais son coeur ; et non seulement lui, mais toute sa famille.
    Les scènes d'ouverture sont relativement joyeuses - scènes rurales, oeufs et chiens, contes populaires et épouvantails - mais à mesure que le texte progresse, Kajermo nous force doucement mais inexorablement à reconnaître que son véritable sujet est l'impact psychologique de la pauvreté, de la violence domestique et de la marginalisation (le conflit ville-pays en Finlande ; les barrières culturelles et linguistiques en Suède) sur sa narratrice. Ce qui semblait au premier abord clownesque et amusant (l'incapacité du père à s'entendre avec sa famille, ses collègues ou ses voisins) devient de plus en plus sombre, comme en témoigne notamment son amertume devant l'indépendance croissante de sa femme. Le père se lit d'abord comme un personnage malheureux, mais plein d'espoir - un personnage qui pourrait être attachant - mais il apparaît peu à peu comme un être faible, qui recourt à la violence pour prouver sa masculinité, et à la fin du livre, alors que sa fille se retire dans un silence auto-protecteur, il est devenu un symbole de brutalité.
    L'apparente simplicité du style contraste avec la force de cette histoire. Sa prose est sans fioritures et son récit est simple, anecdotique, souvent drôle. La violence sous-jacente et le malheur de ses personnages se glissent alors dans l'esprit du lecteur et laissent un sentiment d'horreur plus persistant qu'il ne l'aurait fait autrement. Son utilisation de contes de fées et de contes populaires renforce cette idée de réalités superposées - le paysage magique qui cache et révèle à la fois une terreur sous-jacente. La fin, en particulier, n'offre aucune concession au lecteur désireux de tourner la page. Alors qu'il s'agit, d'une certaine manière, d'une histoire de passage à l'âge adulte, où la narratrice prend conscience des défauts et des tendances de son père et des cruautés de la société, Arja Kajermo, comme les frères Grimm, refuse de la compléter avec des platitudes et des promesses de jours meilleurs à venir.

  • En 2009, au Portugal, la Fondation Calouste Gulbenkian a mis en place un programme de soins palliatifs à domicile sur le plateau mirandais, dans la région de Trás-os- Montes. De village en village, une médecin, des infirmiers et d'autres professionnels de santé ont aidé des dizaines de malades, d'âges, de milieux sociaux et de contextes familiaux différents, à traverser leur fin de vie dans le plus grand confort possible, et à mourir chez eux accompagnés. La rencontre de Susana Moreira Marques avec ce projet et de nombreuses visites, entre juin et octobre 2011, ont abouti à l'élaboration de ce livre, composé en deux parties : Notes de voyage sur la mort, texte en prose, fragmentaire, aux accents poétiques et philosophiques, qui compose une réflexion, à la fois intime et universelle, sur la fin de vie ; Portraits, de celles et ceux qui vont mourir bientôt, ou de celles et ceux qui les accompagnent, et qui se souviennent de ce que fut leur vie.

  • « Ce roman adopte le point de vue d'Ilona Nováková (1856-1932), "connue" seulement dans l'histoire comme l'épouse de Pavol Országh Hviezdoslav (1849- 1921), l'un des poètes les plus vénérés de Slovaquie. Il n'a jamais mentionné sa femme dans son travail, ils n'avaient pas d'enfants, et elle a donc disparu de l'histoire. Mais Ilona était une femme instruite issue d'une famille aisée, mariée à un grand poète. Que voulait-elle ? À quoi aspirait-elle ? Etait-elle satisfaite du seul rôle dont elle disposait ?
    Plutôt que de dépeindre Ilona comme un esprit libre enchaîné à un misogyne, Jana Juránová choisit de raconter une vie vraiment ordinaire. Ilona est brillante, modeste et accepte les limites de son temps, trouvant une mesure de bonheur dans ce que la vie lui offre. Elle possède si peu d'audace que le livre est plus troublant que n'importe quel roman avec des héroïnes en avance sur leur temps et en quête de liberté, rassurant les lecteurs modernes par la similitude de leurs points de vue. Ilona n'a pas de combat en elle et laisse l'ego fragile et les exigences poétiques de Pavol régir sa vie. Un chapitre décrit tout ce qu'elle a appris à la fin de ses études (dessin, chant, géographie, gymnastique, etc.) et comment elle a tout laissé glisser dès qu'elle s'est mariée pour tenter de devenir une épouse parfaite. Tout au long de sa vie, elle joue inlassablement un rôle, se permettant une expression de soi dérisoire. À quelle fin ? Ilona a décidé d'être conventionnelle. Les femmes font ce choix tout le temps - certaines le trouvent misérable et d'autres en tirent le meilleur parti. Il y a des Ilonas partout. Elles vont à l'université parce que c'est ce qu'on attend d'eux, puis elles se marient et oublient tout. Certaines élèvent des familles et sont comblées, d'autres divorcent et réessayent. Alors, le choix d'Ilona était-il "erroné"? Est-ce qu'être une bonne épouse et un parent nourricier aimant compte pour moins que de mener une vie extraordinaire ?
    Jana Juránová pose ces questions et plus encore, alors qu'elle retrace une vie ordinaire vécue dans l'ombre de l'intelligentsia, et elle fait d'Ilona. Ma vie avec le poète est un livre subtil, émouvant et provocateur. »

  • Le livre raconte l'histoire d'une visite à la Dia Art Foundation, à Beacon, près de New York, où la mère de l'artiste s'est sentie si offensée par l'élégante simplicité des peintures de Ryman, qu'elle a laissé glisser lentement et de façon délibérée sa main sur une de ces peintures. Stefan Sulzer combine cette histoire avec des déclarations et des informations sur le travail de Ryman et crée ainsi une fiction poétique sur la réception analytique et émotionnelle de l'art.
    La conception du livre emprunte aux stratégies de Ryman, par l'utilisation de l'espace blanc, et construit un objet subtil, lié à un énoncé du texte : « Mallarmé disait de la blancheur de la page qu'elle agissait tel un vide qui contrastait de manière apaisante avec l'intensité signifiée par la noirceur des lettres imprimées. »

  • Un poète au chômage se retrouve jeté en prison après avoir inexplicablement violé sa voisine, mais son temps d'enfermement est mystérieusement écourté quand il est brusquement emmené dans une nouvelle maison - un manoir rural où l'on pourvoit à tous ses besoins. Tout ce qu'on exige de lui, c'est... écrire de la poésie. Seulement qui sont ses ravisseurs, Kurt et Otávio ? Qu'en est-il de la femme de chambre séduisante, Amália, et de son aide, une femme malade d'un cancer, nommée Gerda ? Et, le plus alarmant de tous, pourquoi Kurt semble-t-il soudainement vieillir tellement plus vite qu'il ne le devrait ?

  • Au nom du père

    Balla

    Au nom du père est comme la douloureuse prière d'un père qui a eu lui-même un père, un frère et qui a deux fils, qui ne savent pas être fils. L'humble prière d'un homme qui n'a pu être un mari et n'a pu être un père. Qui n'était pas prêt à cela. Mais qui cet homme, individualiste, sarcastique et solitaire, qui évoque la vie de sa famille, des gens qui lui sont étrangers ? Son mariage est une épave et sa femme devient folle. Ses deux fils adultes ne l'aiment pas, sa relation avec ses propres parents était malheureuse. Incapable de voir en lui la cause de ses échecs, il cherche quelqu'un d'autre à blâmer pour toutes ses relations ratées et son récit en forme d'auto-analyse névrotique est motivé par la vente de la maison où il a vécu avec sa famille, maison construite par un frère mystérieux.
    Pourtant, même si ce narrateur insupportable essaie d'aliéner le lecteur par son nihilisme, il ne parvient pas à le repousser parce que l'écriture de Balla est intense, passionnée, entêtante, perturbante. Elle parvient, dans cette drôle de quête existentielle, à donner un sens à cette vie qui en manque absurdement et à transformer Au nom du Père en une tragicomédie.

  • (x) fois

    Samouil Ascott

    « ... Le livre (x) fois est un oeuf qui renferme un oeuf qui renferme un oeuf.
    Une femme enceinte d'un enfant qui porte un enfant qui porte un enfant. Une photocopie légèrement déformée, une image stéréoscopique à travers les yeux d'un appareil photo astigmate. Une surface qui ressemble à un miroir, mais se révèle être une fenêtre grande ouverte. En définitive, (x) fois est un roman dont le souffle ne s'épuise pas à l'intérieur de ses quelques pages. Sa véritable fin se trouve ailleurs : là-dehors ».
    Connor O'Sullivan.

  • Arcueil

    Aleksandar Becanovic

    Le dimanche de Pâques, le 3 avril 1768, le marquis de Sade promettait un écu à une mendiante du nom de Rose Keller si elle le suivait jusqu´à Arcueil. Quelques heures plus tard, après que Keller eut réussi à s´évader de la maison de campagne du Marquis, cette petite « aventure » en banlieue parisienne allait devenir la fameuse « affaire d´Arcueil », un scandale qui a retenu l´attention du public en France et au-delà. Différents témoignages et rumeurs se répandaient, des interprétations contradictoires étaient entendues, mais que s´est-il réellement passé dans la chambre du Marquis ? Où se trouve la vérité sur le scandale ? Arcueil était-il la scène d´une horrible violence sexuelle sadique et d´une sorte de production théâtrale perverse, ou la victime n´était-elle après tout pas si innocente ? "Arcueil" est une relecture envisagée sous plusieurs perspectives qui met l´accent sur les doutes et les ambivalences de tout événement historique ou - comme dans ce cas - médiatique.

  • Les énigmatiques histoires d'Alex Epstein sont de petits poèmes en prose, parfois d'une seule ligne, souvent de moins d'une page. Fictions ironiques et philosophiques à la fois, elles peuvent se lire d'un trait ou bien se savourer à petites gorgées. Drôles de paraboles mêlant fréquemment l'histoire à l'imaginaire, elles explorent des thèmes liés aux anges, au mysticisme, à la mythologie, aux livres, à différents voyages, à la géographie, aux animaux mystérieux... Leur brièveté, qui a pour effet d'obliger le lecteur à concentrer son attention, lui fait aussi prendre conscience de tout ce qui peut être dit en si peu d'espace.

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