Leo Scheer

  • Élise vient d'être quittée. Au lieu de renoncer à l'amour, elle décide de l'entretenir, de lui offrir le mausolée de sa vie, avec un romantisme qui ne se paie pas de dérision. Elle part en Terre promise pour se joindre à une communauté de soeurs bénédictines. En apprenant à les connaître, elle remonte le cours de sa passion. Et une intimité intense se noue entre celles qui aiment et espèrent le Grand Absent et celle qui aime mais n'attend plus.

  • Ou bien il se mettait à cogiter.
    A haute voix " Plus les ans passent et moins je crois qu'il n'y ait que le désir, la faim, le sommeil et la mort. Ce serait trop simple. " Et l'autre, en face, qui souriait. Il se disait aussi : " Et s'ils essayent de te blesser avec des mots vraiment contraires, ou venimeux, raconte-les à ta salive. Et crache. A la seconde même. "

  • Secret des souffles est une suite à deux voix, voix du dehors et voix du dedans, voix du vivant et voix du mourant, course contre la mort et vers la mort.
    Prises dans une trame narrative où l'on retrouve les paysages de l'Est marqués par les guerres, la neige, le froid, la vitesse, la séparation, qui hantent la plupart des textes d'Isabelle Baladine Howald, ces deux voix, dans leur face à face avec la mort, touchent aussi à l'approche de l'amour.
    Le secret des souffles est aussi bien le baiser que le dernier soupir.

  • Luc et Christian Boltanski sont frères. Chacun, avec les moyens dont il dispose, explore le rapport entre une image - verbale ou graphique -, d'autant plus saillante qu'elle se trouve détachée de son contexte, et les références vers lesquelles on peut chercher à l'orienter, dans l'intention, dirait-on, de la «comprendre». Cette démarche prend, dans un cas, la voie du commentaire, dans l'autre celle de la fragmentation. Dans les deux cas se pose la question de savoir si la paraphrase ou le rapprochement font surgir un sens en le révélant comme on dévoilerait un lien préexistant mais caché ou, plus radicalement, en en repoussant toujours plus loin l'exigence.
    À l'instant se présente comme un cycle de poèmes en quatre parties, composé sur une dizaine d'années. La cohésion en est donnée par le retour des mêmes thèmes d'une partie à l'autre, ainsi que par l'usage, au sein de chacune d'elles, d'une même forme qui lie chaque poème à son commentaire.

  • " La contribution de Rosmarie Waldrop à la poésie américaine post-1945 est impressionnante.
    Auteur, entre autres, de dix livres de poésie et de nombreuses publications en revues, elle est aussi traductrice (notamment de l'oeuvre d'Edmond Jabès) et, en collaboration avec son mari (Keith Waldrop), dirige depuis plus de trente ans la plus aventureuse des éditions indépendantes américaines, Burning Deck. Son oeuvre est internationalement reconnue, particulièrement en France et en Allemagne. Ce qui rend sa réussite plus remarquable encore est le fait que l'anglais n'est as sa langue d'origine et que les Etats-Unis sont son pays d'adoption.
    "

  • " Cultiver notre jardin " nous conseillait Voltaire.
    Si seulement on nous en laissait le loisir ! Mais les hélicoptères surveillent nos plantations. Les énormes panneaux d'affichage essaient de lions embrigader. Alors que nous imaginions que c'était enfin passé du mode, on érige des murs qui coupent nos vergers. Quant aux serres, depuis le dernier passage de chars, il n'en reste qu'une grenaille dangereuse. Il faut pourtant enregistrer tout ce qui fleurit ça et là, et tenter de l'acclimater pour sa survie et pour la nôtre, le tailler, greffer, marier, choyer, le disposer en allées, cercles ou quinconces, en labyrinthes pour les promenades amoureuses.

  • Au cinema

    Michel Cournot

    "Tu as vu tel film?... J'y suis allé hier!... Il faut que tu voies ça! Absolument!... Imagine-toi que..." Plus qu'une habitude, le cinéma: une drogue. Douce, si l'on veut, mais combien pénétrante!... Le fauteuil, souvent bon confort, le noir de la nuit, les rayons par-dessus nos têtes, et, là devant: apparitions, ombres et lumières, bruit des choses, paroles venant nous ne savons d'où... Hypnose, narcose, en vente libre, comme si de rien n'était. Et d'y repenser, et si souvent d'en parler, avec les proches, dès que l'entretien retombe, ou même pas: d'entrée, pour un oui pour un non: "Tu as vu tel film?"...
    Chacun de nous, combien d'heures de sa vie aura-t-il passées à se laisser envahir par le cinéma, à en rêver, à en débattreoe Oui, combien d'heures?... Peut-être le plus grand nombre d'heures, et nous ne nous le disons même pas tant nous y sommes accoutumés, tant c'est passé en nous. Douleurs, émotions, surprises, joies, et la poésie, devenues nous...
    Si nous racontions, pour changer, des histoires de cinémaoe De drôles d'histoires...

  • Portraits inconnus

    Sabine Macher

    Je t'écris à la machine, parce que mon écriture est devenue difficile à lire.
    C'est pour te prévenir que mon projet a trouvé un éditeur. Je ne t'ai peut-être jamais dit que l'idée était de pouvoir rencontrer une personne inconnue (de moi) et qu'elle accepte de me donner une heure de sa vie, pendant laquelle on ferait une photo. Et qu'en regardant cette photo, parfois des mois plus tard, j'écrive un texte qui parle de cette heure. Et que le texte porte le nom de la personne rencontrée en titre.Si tu n'y vois pas d'inconvénient, et j'espère qu'au contraire cela te fera plaisir, tu trouveras on portrait parmi quinze autres dans un livre lui s'appellera : Portraits inconnus.

  • « Claude Confortès parle de théâtre sous toutes les formes possibles : anecdotes, rêveries, exemples, conseils, rappels de succès comme de déboires. Ce théâtre qui a été, et qui est encore, sa vie. Ce théâtre qui, de toutes les formes d'expression connues, est aujourd'hui, étrangement, la plus active.
    "Il faut consacrer sa vie à quelque chose de grand", disait Tchekhov, que cite Confortès.
    Est-on bien sûr que le théâtre est grandoe Oui, un certain théâtre. Sans aucun doute. Celui, précisément, auquel l'auteur a consacré toutes ses forces. Celui qui, sans oublier la vie, en prend pour un moment la place, et nous la montre plus dense, plus aiguë, plus profonde - plus terrifiante aussi quelquefois.
    On l'a compris : ce livre n'est pas destiné uniquement aux jeunes actrices. Ni même aux seuls gens de théâtre. Tous les spectateurs y sont conviés, et tous ont quelque chose à y trouver, à y entendre.» Jean-Claude Carrière Auteur, acteur, metteur en scène, Claude Confortès a participé à de nombreux spectacles avec Jean Vilar, Peter Brook, Ariane Mnouchkine.
    Sa pièce Le Marathon (Gallimard) a été traduite et jouée en 28 langues. La SACEM lui a décerné le Grand Prix des Poètes 2003 pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Dans ma maison

    Elisabeth Jacquet

    Où habitons-nous?
    Qu'est-ce qu'habiter un lieu?
    Quelles relations entretenons-nous avec notre espace privé, ses multiples dimensions et objets qui le composent?
    Empruntant au principe du catalogue, à sa forme (présentation rationnelle de l'espace et des objets standards qui y figurent), ce texte explore les rapports mouvants et ambigus qui unissent les êtres aux choses, les corps et les sensibilités à la matérialité figée qui les entoure.
    Des années 1950 à nos jours, les époques se suivent ou se télescopent, la mémoire traverse l'ordre des choses, et les éclats des existences fragiles habitent, un instant, à leur manière unique, cet univers meublé d'éléments communs. Cette déambulation à travers des territoires «affectifs» instaure un mode de lecture libre: Dans ma maison (notre catalogue) se feuillette au hasard, suivant certains objets repérés sur l'index, il peut aussi se lire dans la continuité.

  • Un printemps et un été, je me suis rendu au musée du Louvre, devant le tableau de Léonard de Vinci, La Vierge, l'enfant Jésus et sainte Anne.
    Quatorze fois. De façon rituelle, obsessionnelle. Je questionnais non seulement les femmes - les mères - du tableau au fameux " vautour ", mais aussi les passants, le voyageurs, les touristes, dans leur distance, leur étrangeté. Ces visites m'ont renvoyé à l'absence. De ma mère et de ma grand-mère. De Véronique aussi, " icône vraie " d'une très lointaine bien-aimée. A ce retrait du monde fait écho le Cygne de Baudelaire cygne exilé, " ridicule et sublime "...
    Mais peut-on se déprendre de ce rapport obsessionnel au féminin ?

  • Les hommes cherchaient un dieu, Padmarama son mari, moi je cherchais un père, et Asalmane, puisqu'à chaque fois il s'agissait de lui, et pour qui cela faisait tout de même beaucoup, lui se cherchait donc lui-même.
    Mais qui est Asalmane ? Écrivain vedette menacé de fatwa, ce pourrait être un avatar de Salman Rushdie. À la fois bouc émissaire et prophète, Asalmane parcourt le monde en entraînant le lecteur à sa suite. De Paris à Kaboul, de l'Himalaya aux îles italiennes, tout le monde recherche Asalmane, ou plutôt ce qu'il incarne - bien malgré lui. Car Asalmane est plus proche du antihéros chétif que du demi-dieu.
    Et il n'a qu'un but : reconquérir une place dans le monde et dans le coeur de sa femme... Être un homme, voilà la vraie grande affaire de sa vie. De la crise du couple à la déflagration du 11 septembre, cette fable émouvante et cruelle nous livre une critique inventive et pleine d'humour de la célébrité, du fanatisme religieux - et des amours impossibles.

  • " Dites-vous bien qu'il n'y a plus de héros mécaniques.
    De demi-dieu de la technologie. C'est le rebours Moyen Age. Maintenant, c'est l'artisanat de la douleur qui frappe. Des mains sales éventrent les trains et les métros des cités européennes. Vos bêtes fantômes meurent et renaissent dressées transfigurées sur les écrans. Légions de coléoptères. Organisation minuscule insectes carapaces. Pour eux, une seule déclinaison possible : habiter à l'intérieur de l'ennemi, " Donner une langue aux déracinés.
    Aux vaincus. A ceux que l'on a levés pour construire nos villes et nos machines. Ils sont les fils des colonies et de l'esclavage. Les oubliés de l'histoire, au coeur de l'Occident. L'heure des comptes a sonné.

  • paru en 1795, voilà réédité un très grand classique de jean paul richter (1763-1825), plus connu en france sous le nom de jean paul.
    tout roman des origines est aussi l'histoire d'une initiation, et c'est une semblable expérience que vit le jeune victor lorsqu'il découvre qui est son véritable père et à quel point la réalité peut être trompeuse. dans cette aventure " aux chemins qui bifurquent ", comme aurait pu l'écrire borges, notre héros va rencontrer l'amour en la personne de clotilde et le savoir sous l'égide d'un philosophe à la sagesse orientale.
    mais hespérus est surtout un roman d'une liberté inouïe. il marie l'encyclopédisme à la philosophie, le picaresque au voyage sentimental, la fantaisie à la gravité et, ce faisant, atteint une modernité qui ferait pâlir les prétendues audaces littéraires de certains de nos contemporains... l'oeuvre de richter a été louée par schiller, schumann, nerval en leur temps et, plus près de nous, par thomas bernhard.
    l'un de ses sommets revoit ici le jour, après soixante-quinze ans d'oubli, dans la superbe traduction d'albert béguin. elle est préfacée avec autant de ferveur que d'érudition par linda lê.

  • atteinte d'un cancer et se sachant condamnée, l'écrivain michèle desbordes décida en janvier 2006 de choisir sa fin.
    jacques lederer, son ami, son " vieux frère-de-la-côte ", dut alors faire face à une requête pour laquelle il n'était absolument pas préparé : l'aider jusqu'au bout dans cette épreuve librement décidée. le récit bouleversant qu'il nous livre ici est autant un portrait de femme magnifique qu'une leçon de stoïcisme où la fatalité est sans cesse battue en brèche par l'humour. c'est aussi l'occasion pour l'auteur d'évoquer la figure de georges perec, l'ami commun.
    bien au-delà d'un témoignage sur l'euthanasie, sa dernière journée est un haut moment de littérature où l'auteur relève avec autant de force que de tendresse le défi qu'il s'est lancé : " ce qu'on ne peut pas dire, il faut quand même le dire.

  • Élisabeth Caine rejoint Barney, zoologue dont elle est amoureuse, dans la jungle de Bornéo. Il ne l'attend pas, convaincu qu'elle ne pourrait lui faire la surprise d'apparaître en cette forêt nocturne, hostile, peuplée par la tribu des Muruts aux pouvoirs magiques.

    Quand elle arrive au camp, c'est une jeune femme surnommée Bébé qui l'accueille. Bien qu'elle soit d'un tempérament diamétralement opposé au sien, cette dernière lui ressemble au physique d'une façon presque effrayante et se présente comme la compagne de l'explorateur. Élisabeth est encore plus troublée quand elle apprend que sa rivale a rencontré Barney dans les mêmes circonstances qu'elle. Se serait-elle enfoncée dans la selve profonde pour découvrir sa part la plus bestiale et la plus innocente à la fois oe

  • Los Angeles, années 70. Un jeune réalisateur français débarque avec sa femme et sa fille. Après quelques succès en France, las du Vieux Monde, désireux de découvrir de nouveaux horizons, une société plus libre, plus ouverte, il vient tenter sa chance, muni d'un vague projet de rachat d'un de ses films par un petit producteur américain, et de son amitié avec Jean Seberg. Et le miracle commence illico : tout est facile, aisé, les rencontres (Lee Marvin, Clint Eastwood.) aussi bien que les projets. La vie semble vouloir tenir les promesses de bonheur et de légèreté de Venice Beach, où les belles patineuses passent et repassent sous le soleil, comme offertes. Et puis, bien sûr, les ennuis arrivent, et Joël Séria passe de la comédie à un ton plus angoissé. Que cachent réellement les grandes villas de Bel Air ? Ce qui se trame autour de son narrateur, qui croyait être invité à une fête sans fin, se révèle peu à peu beaucoup plus sombre. L'argent, le sexe, le pouvoir n'ont pas, derrière les apparences d'une époque qui se voulait fraternelle, interrompu leurs jeux. Peut-être n'en sont-ils que plus dangereux.

  • Vif-Argent, orpheline privée de repères, est recueillie par Pew, le gardien aveugle du phare de Cap Wrath, tout au nord de l'Ecosse.
    Les histoires que lui raconte le vieil homme deviennent pour elle des cartes à déchiffrer - cartes de l'amour et du désir, de la perte et de la reconnaissance. Jeanette Winterson nous livre une fable envoûtante sur la violence des passions humaines et la quête infinie du bonheur : dans ce monde maritime austère et tourmenté, les phares comme les fables sont des " chaînes de lumière ", qui libèrent des obstacles du réel et des entraves du passé.

  • Dès lors qu'il s'agit d'amour, la narratrice de ce roman ne s'économise pas.
    Elle lui consacre tout le temps qu'elle prend à sa vie de cinéaste et de mère, mais aussi toute sa raison et finalement sa santé. rien de plus attirant que lui, cet homme dont même le nom restera secret. rien de plus dangereux aussi que celui auprès de qui elle croit être en sécurité. pour tout partager, elle le suivra dans sa descente aux enfers, comprenant trop tard que leur quête n'est pas la même.
    De paris à cannes en passant par los angeles, leur passion est une faim sans fin, une flamme qui n'a bientôt plus rien à consumer. directe et franche dans son désir de vérité, sandrine ray reste à la fois distante vis-à-vis de ses personnages et au plus près de ce qui peut tous nous perdre un jour.

empty